La Liberté

Un savoir-faire bien affûté


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Ici c’est comme ça » France, Ariège, Saurat. Alain Soucille perpétue avec volonté et courage la dernière fabrique de pierre à aiguiser naturelle du pays. Il faut aller chercher ce grès schisteux dans une carrière bien cachée en forêt. Il y a un nouveau filon étroit et pas facile d’accès qu’il faut dégager de la roche non désirée.

Sur place, deux marteaux-piqueurs, deux masses pour enfoncer les coins métalliques. On trouve aussi un compresseur et une petite machine de chantier qui peine à travailler dans des conditions hostiles. Les plaques de roches à extraire sont accrochées sur un plan incliné. Aujourd’hui, c’est à la masse qu’elles sont dégagées, puis chargées sur le transporteur 4x4. Un travail de forçat.

La pierre est ensuite travaillée à l’atelier. Pour le découvrir, il faut traverser les ruelles étroites du village. Enfin, dans un terrain pentu, apparait la maison jaune qui cache ses mystères de fabrication. Au centre, le petit atelier au plafond sombre et au sol humide. Pendant un siècle, des générations ont travaillé sans que rien ne change vraiment. Maintenant, c’est mécaniquement que les blocs sont découpés aux formes voulues avec des lames-disques diamantées. Quarante-deux ans de métier – et encore tous ses doigts ! –, André, l’ouvrier capverdien, façonne La Royale, cette pierre en losange bien connue des faucheurs à la faux.

L’eau est toujours présente : à la découpe, au polissage, au lavage et dans la « berceuse ». Ce brave engin suspendu a des airs de balançoire de fête foraine. Un peu rouillée par le temps, la « berceuse » permet par ses mouvements de va-et-vient d’affiner le polissage des pièces usinées déposées à l’intérieur. Le bain de base est aussi naturel que traditionnel : eau, gravier, sable et cailloux. Une vieille recette qui a fait ses preuves.

La production de l’entreprise est variée, de la lime à ongle à la meule à eau. Les pierres de grès de différentes duretés sont choisies pour aiguiser les outils les plus divers : les couteaux, les rasoirs, les sécateurs, tous les ciseaux, et même les hameçons !

L’affutage se fait à sec ou avec de l’eau. Il suffit de frotter le tranchant d’un couteau avec la pierre en alternant dessus et dessous. Il est bon de garder un angle de 20° en déplaçant la lame ou la pierre sur la longueur.

 

Lors de ma première visite, la « berceuse » était encore activée par la force hydraulique du ruisseau s’écoulant derrière la maison. Suite à la sècheresse de l’an dernier, l’électricité a pris le relais, mais le charme primitif du travail est resté. Le début d’une nouvelle carrière m’oblige à repasser en cette fin d’été. Le chemin d’accès est plutôt « sportif », debout et accroché sur le pont du petit et téméraire véhicule 4x4. Tout va bien. La carrière est encore petite, une brèche oblique d’une profondeur de 10 mètres et large de 3 mètres. L’extraction va se faire jusqu’à l’automne afin de créer une réserve pour œuvrer l’hiver : la pierre précieuse du rémouleur est sauvée.

©McFreddy

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